À la rencontre d’un développeur très prometteur

À la rencontre d’un développeur très prometteur

Yanis est élève en 2nde au lycée Clément Ader à Athis-Mons (91) et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il s’est approprié monlycée.net. Depuis la rentrée 2018, il propose une application mobile qui permet d’accéder aux fonctionnalités du réseau social éducatif. L’application a déjà été téléchargée plus de 5000 fois et semble satisfaire son public ! Revenons avec lui sur l’histoire de son projet.

« Mon ambition, c’est juste d’aider les gens »

Yanis n'a pas attendu d'entrer au lycée pour mettre ses compétences de développeur au service de la communauté éducative. Tout commence en 3ème lorsqu'il propose à ses enseignants une application pour téléphone dédiée à l'ENT moncollege.essonne.fr. C'est d'ailleurs au collège Delalande d'Athis-Mons, là où il a fait ses armes de développeur, que nous allons rencontrer Yanis et ceux qui l'accompagnent depuis ses débuts...

Comment as-tu lancé ton projet d’application ?

Yanis : J’ai commencé avec l’ENT monCollege.essonne.fr et quand j’ai vu que ça prenait de l’ampleur, j’ai modifié le nom de l’application. Au début je l’avais appelée « ENT collège Delalande ». J’ai supprimé « Delalande » pour que l’application soit utilisable par tous les collèges de l’Essonne. Lorsque je suis arrivé au lycée, j’ai repris mon travail en changeant le logo et quelques liens. Pour que les utilisateurs d’un établissement accèdent à l’appli monlycée.net, il suffit juste qu’ils m’envoient un mail : j’ajoute l’onglet du lycée en question et un lien vers son espace Pronote. Je reçois souvent des mails d’élèves, de parents ou d’enseignants. Un jour, j’ai même reçu un mail d’un chef d’établissement ! Je réponds généralement dans la journée et le soir même, c’est ajouté.  

Quelles ont été tes motivations pour réaliser cette application qui permet d’utiliser monlycée.net sur mobile ?

J’avais envie d’aider les autres. J’ai pas mal d’amis qui m’ont dit que c’était assez lent de se connecter avec un navigateur internet depuis son téléphone. J’étais moi aussi de cet avis. Parfois cela n’enregistrait pas le mot de passe et ça se déconnectait, même en utilisant la fonction « se souvenir de moi ». Je voulais aider mes amis à se connecter plus rapidement et plus facilement. Mon ambition, c’est juste d’aider les gens... Je fais tout bénévolement.

Comment as-tu procédé pour développer ton application ?

Quand je commence une application, je me base sur des fichiers existants qui permettent que l’application fonctionne correctement, qu’elle soit rapide et fiable et qu’elle s’adapte à chaque configuration de téléphone, surtout les plus anciens. J’utilise parfois quelques bouts de codes ou bien je demande à des amis codeurs. Pour monlycée.net, j’ai utilisé le langage Java sur le logiciel Android studio. Le temps que je code et que je fasse des tests, ça me prend environ un mois… Une fois que j’ai terminé les tests, je peux mettre l’application en ligne sur Google Play et les gens peuvent la télécharger gratuitement.

S’agit-il d’une application en Open source ?

Une bonne partie du code de l’application monlycée.net est entièrement visible et c’est normal. Si on veut le voir, le code est totalement clair mais je garde une partie pour moi afin d’éviter qu’on fasse du copier-coller. Ça serait un peu trop simple ! Ça m’est déjà arrivé de voir mon travail copié et publié en ligne alors maintenant j’essaye de faire attention. Par exemple, je protège les serveurs de jeu que je crée par la propriété intellectuelle.

As-tu eu des contacts avec la Région Ile-de-France ou le département de l’Essonne au moment où tu as commencé à diffuser l’application ?

Non pas vraiment. Un des développeurs de l’ENT m’a contacté pour savoir si je n’étais pas un pirate parce qu’une application comme ça, sans demander la permission, ça les titille un peu je suppose ! J’ai reçu un mail et je leur ai montré que j’étais un simple lycéen. Je leur ai envoyé un bout de code pour qu’ils voient que ce n’était pas un virus qui subtilisait les mots de passe ou qui traçait les personnes. Le jour où une application officielle sera sur le store, Google pourra décider de supprimer la mienne mais je ferai en sorte de la rendre différente et un peu originale pour que mon travail puisse continuer à être utilisé. D’ailleurs Guy Daroles [chef de projet monlycée.net au conseil régional d’Ile-de-France, nda] m’a proposé de rencontrer l’équipe d’Open Digital Education qui travaille au développement d’une appli mobile pour monlycée.net. C’est une super opportunité qui me permettrait de voir comment ils vont travailler en tant que professionnels du sujet.

Quelles sont les principales critiques émises à l’égard de ton application ?

Beaucoup de gens regrettent que l’application ne soit pas disponible sur iPhone. Par exemple mes professeurs au lycée ont quasiment tous des iPhones. Résultat, ils utilisent peu monlycée.net sur leur téléphone. Pour le moment je n’ai pas à disposition les outils qui me permettraient de développer l’appli pour iOS, le système d’exploitation d’Apple. Il faut un Mac, une licence payante de développeur et un iPhone, ce qui est beaucoup plus contraignant que de travailler avec le système Android ! Mais évidemment une de mes ambitions est de rendre mon travail accessible à tout le monde, ce qui implique de développer pour l’iPhone.Je pense d'ailleurs que la Région et l'équipe d'Open Digital Education proposeront rapidement une appli que l'Apple Store. 

Ton application a-t-elle du succès ?

Oui, pour moi c’est une super réussite ! Aujourd’hui il y a plus de 1000 téléchargements de l’application pour l’ENT des collèges de l’Essonne et plus de 5000 pour monlycée.net ! J’en parle à mes amis et ça circule de bouche à oreilles. J’ai aussi beaucoup d’avis très positifs sur Google Play. Lorsque les personnes ne mettent pas la note maximale, je leur donne mon mail pour qu’elles puissent me communiquer leurs problèmes ou leurs éventuelles critiques. C’est une sorte de service client et j’essaye toujours de répondre le plus rapidement possible. Ça m’encourage à continuer à travailler sur l’application et à ne pas la laisser tomber. J’essaye de faire en sorte que toujours plus d’établissements puissent l’utiliser.

Des enseignants encourageants mais toujours vigilants

Les enseignants qui ont suivi le travail de Yanis pendant le développement de l’application sont unanimes : le lycéen a fait un travail remarquable. Ils nous expliquent comment ils l’ont accompagné et conseillé.

Qu’avez-vous pensé du travail de Yanis lorsqu’il vous l’a présenté ?

M. Alvarez, professeur d’espagnol : On venait juste de déployer l’ENT dans le collège, j’étais administrateur et je découvrais tout au fur et à mesure. Un jour, Yanis m’a envoyé un mail avec son application. Quand j'ai vu que c’était très bien fait, j’ai fait remonter à mon collègue M. Véron et on a indiqué le chemin à Yanis. On l’a aiguillé pour améliorer son application mais il a toujours travaillé avec rapidité, sérieux et autonomie !

Qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans sa démarche ?

M. Véron : Ce qui m’a interpelé, c’est la réactivité de Yanis. Il a toujours pris en compte les remarques techniques qu’on lui a adressées :  que ce soit sur le code, sur la manière dont c’était écrit ou encore sur les autorisations qui étaient demandées. Yanis revenait systématiquement la semaine suivante et nous disait « C’est bon, c’est fait, regardez ! ». Il a joué le jeu jusqu’au dernier jour. On a même eu la chance d’intervenir pour le salon Eduspot l’année dernière. Yanis a soutenu une présentation argumentée face à un public professionnel, ce qui n’est pas courant pour un élève de 3eme. On ne pouvait que l’encourager et être très fiers de lui.

Le programme pour la suite

Sur quels projets travailles-tu actuellement ?

Yanis : Je développe un jeu vidéo avec des amis. On est en train de travailler les règles et le graphisme. On va bientôt lancer un financement participatif pour couvrir les coûts de production. Maintenant que je suis au lycée, j’ai un peu moins de temps à consacrer à mon activité informatique. J’ai plus de devoirs et de révisions alors j’essaie de me coucher un peu plus tard pour continuer à coder. Je serais aussi très intéressé de savoir comment la Région va développer sa propre application mobile et pourquoi pas y participer !

Et quelles sont tes ambitions pour la suite ?

Je souhaiterais poursuivre mes études à l’étranger dans un pays en pointe du progrès technologique et qui se donne beaucoup de moyens, comme le Japon. Je cherche actuellement un lycée où je pourrais suivre une option de langue en japonais. Je me vois aussi monter ma petite entreprise pour produire des jeux vidéo, entretenir des sites web et développer des applications. Mon rêve, c’est de faire un peu comme Microsoft et pourquoi pas un jour créer des téléphones et des produits informatiques.